énerver

énerver [ enɛrve ] v. tr. <conjug. : 1>
• déb. XIIIe; lat. enervare « couper les nerfs »
1Vx ou littér. Priver de nerf, de toute énergie. affaiblir, amollir . « un corps que le luxe et les arts avaient énervé » (Rousseau). « Les lois ou les coutumes qui [...] énervaient les ressorts de l'État » (Valéry).
2(1690) Anciennt Procéder à l'énervation de (un supplicié).
3(1897) Mod. Agacer, exciter, en provoquant de la nervosité. crisper, impatienter; exaspérer, horripiler, excéder. Arrête, tu m'énerves ! (cf. Taper sur les nerfs). Il m'énerve, avec ses jeux de mots. Cela l'énervait d'attendre, qu'elle ne vienne pas. « Elle entendait [...] les cailloux crissant sous les pas réguliers de sa sœur. Ces sons l'énervaient » (Green). Pronom. Devenir de plus en plus nerveux, agité. « Il s'énervait dangereusement, à ces contacts prolongés qu'elle ne défendait pas » (Loti). s'exciter. Spécialt Perdre son sang-froid, être anxieux ( paniquer), mécontent. « Ne restons pas à nous énerver, faisons quelque chose » (Proust). Du calme, ne vous énervez pas !
⊗ CONTR. Calmer, détendre.

énerver verbe transitif (latin enervare, retirer les nerfs) Irriter les nerfs de quelqu'un, provoquer sa nervosité : Tu nous énerves avec tes récriminations. Pratiquer une énervation chirurgicale. Soumettre au supplice de l'énervation. ● énerver (synonymes) verbe transitif (latin enervare, retirer les nerfs) Irriter les nerfs de quelqu'un, provoquer sa nervosité
Synonymes :
- exaspérer
- excéder
Contraires :
- détendre
- rasséréner

énerver
v.
rI./r v. tr.
d1./d Agacer, irriter. Tout ce bruit l'énerve.
d2./d Vx (Cour. oc. Indien) Ennuyer, gêner. J'ai un problème qui m'énerve beaucoup: peux-tu me prêter de l'argent?
rII./r v. Pron. Perdre son calme, le contrôle de ses nerfs. Du calme, ne nous énervons pas!

⇒ÉNERVER, verbe trans.
A.— Faire subir le supplice de l'énervation. Les prisonniers furent énervés (DG).
CHIR. ou ART CULIN. Pratiquer une énervation :
1. Vous levez les filets de vos lapins et vous prenez les cuisses; vous énervez les chairs, c'est-à-dire vous séparez les chairs des nerfs avec la pointe de votre couteau...
VIARD, Le Cuisinier royal, 1831, p. 214.
B.— Au fig.
1. Littéraire
a) [Le compl. d'obj. désigne une pers.] Faire perdre à quelqu'un ses forces physiques ou morales. Un des plus grands reproches qu'on puisse adresser à Louis XIV, c'est de s'être appliqué à énerver sa noblesse (MÉRIMÉE, Lettres Mme de la Rochejacquelein, 1870, p. 290).
b) [Le compl. d'obj. désigne une chose abstr.] Ôter le nerf, l'énergie, la vigueur de quelque chose; l'affaiblir, l'affadir. Énerver l'autorité, la religion, la loi (Ac. 1932) :
2. ... si l'ode et l'élégie appellent d'elles-mêmes l'harmonie entrecoupée, on remarque qu'elle ne fait qu'énerver le vers héroïque.
QUINET, Napoléon, 1836, p. 145.
Emploi pronom. réfl. Le siècle embourgeoisé s'énerve et les mœurs deviennent d'une fadeur qui me dégoûte (GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 318).
2. Usuel. Exciter, irriter les nerfs de quelqu'un; rendre nerveux :
3. Mais ce qui l'énervait le plus, c'était, à sa droite, une plainte continue, une voix de douleur geignant dans la fièvre d'une insomnie.
ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p. 265.
Emploi pronom. réfl. Tout le monde s'impatiente et s'énerve; l'on pèche contre la charité à mesure que les austérités s'accroissent; est-ce enviable? (HUYSMANS, Oblat, t. 1, 1903, p. 218) :
4. Un instant, elle sembla devoir être la plus forte, elle l'aurait peut-être jeté sous elle, tant il s'énervait, s'il ne l'avait pas empoignée à la gorge.
ZOLA, La Bête humaine, 1890, p. 42.
Prononc. et Orth. :[], (j')énerve []. Enq. : // (il) énerve. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1er quart XIIIe s. « priver d'énergie » pronom. soi esnerver (RENCLUS DE MOLLIENS, Charité, LXXIX, 3 ds T.-L.); 2. au propre 1594 squillette enervé (CHASSIGNET, le Mespris de la vie, Sonn. 144 ds HUG.); 3. 1836 « irriter, surexciter le système nerveux » (BARB. D'AUREV., Mémor. 1, p. 10 : Cet énervant temps d'orage). Empr. au lat. class. enervare « retirer les nerfs » d'où « affaiblir, épuiser ». Fréq. abs. littér. :360. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 308, b) 341; XXe s. : a) 685, b) 672.

énerver [enɛʀve] v. tr.
ÉTYM. Déb. XIIIe au sens I, 2 et en emploi pron. (soi esnerver); lat. enervare, proprt « couper les nerfs » de ex-, et nervus. → Nerf.
———
I
1 (1594, squelette esnervé). Vx. Priver de « nerfs » (tendons).
(1690). Faire subir le supplice de l'énervation à (qqn).
Cuis. Enlever les tendons de. || Énerver un lapin. || Énerver les chairs.
2 Fig. (vieilli ou littér.). Priver de nerf, de force. Affaiblir, amollir. || Le climat lourd et humide finit par énerver les habitants. Déprimer, fatiguer.Absolt. || Chant qui énerve et alanguit. Alanguir, cit. 2. || Les plaisirs, les voluptés énervent l'âme. Aveulir, efféminer. || L'inaction a énervé son courage.
1 Toute l'éloquence de Démosthène ne put jamais ranimer un corps que le luxe et les arts avaient énervé.
Rousseau, Disc. sur les sciences et les arts, I.
2 Mais, en route, le bercement du fiacre et la chaleur du soleil matinal l'énervèrent. Son énergie était retombée. Il ne distinguait même plus où l'on était.
Flaubert, l'Éducation sentimentale, II, IV.
3 (…) l'égoïsme des mères et des pères, en général, énerve toutes les vertus au profit d'une seule.
André Suarès, Trois hommes, « Ibsen », p. 148.
Par ext. || Des méthodes qui énervent les ressorts de l'État (→ Dictateur, cit. 4).Énerver le style par des répétitions, des images faciles. Affadir.
———
II (1882, Zola; énervant est antérieur). Mod. Agacer, exciter, en provoquant la nervosité. Échauffer, exciter, surexciter. || L'alcool qu'il a bu l'a énervé.Absolt. || Le bruit fatigue et énerve.Cette attente l'a énervé. || Sa mauvaise foi m'énerve. || Vous m'énervez avec vos perpétuelles allusions ! Agacer, crisper, impatienter, nerf (porter sur les nerfs), obséder, tourmenter. || Tu commences à nous énerver ! Énervant.
4 Elle entendait (…) les cailloux crissant sous les pas réguliers de sa sœur, dans l'allée. Ces sons l'énervaient (…)
J. Green, Adrienne Mesurat, I, IV, p. 31.
——————
s'énerver v. pron.
1 Vx ou littér. S'affaiblir, s'amollir.
5 (…) le siècle embourgeoisé s'énerve et les mœurs deviennent d'une fadeur qui me dégoûte.
Th. Gautier, le Capitaine Fracasse, t. II, XII, p. 98.
2 Mod. Être dans une agitation nerveuse qui va en augmentant. || S'énerver à attendre. || Il ne peut rien faire sans s'énerver. || Du calme ! || Ne vous énervez pas pour si peu. Affoler (s').
6 Il s'énervait dangereusement, Raymond, à ces contacts prolongés qu'elle ne défendait pas.
Loti, Ramuntcho, I, XXIII, p. 183.
7 (…) ne t'énerve pas. Assieds-toi. Mets les mains sur les genoux, tes poignets te feront moins mal. Et puis tais-toi. Essaye de dormir ou réfléchis.
Sartre, Morts sans sépulture, I, 1.
——————
énervé, ée p. p. adj.
1 Anciennt. Qui a subi le supplice de l'énervation.Subst. || Les Énervés de Jumièges : nom donné aux deux fils de Clovis II qui après avoir subi ce supplice furent abandonnés dans un bateau et recueillis par les moines de Jumièges.
7.1 Je tombai en arrêt devant un tableau dont j'avais vu, enfant, une reproduction sur la couverture du Petit Français illustré et qui m'avait fait grande impression : « Les énervés du Jumièges ».
J'avais été troublée par le paradoxe du mot énervé (…)
S. de Beauvoir, la Force de l'âge, p. 210.
Fig. Affaibli, privé de force (→ Affadi, cit. 8; dépeuplé, cit. 10).
8 Je parais énervé, sans vigueur, sans courage;
Mais je suis né robuste (…)
André Chénier, Bucoliques, « Le mendiant ».
2 (1864, in Littré). Mod. Qui se trouve dans un état de nervosité inhabituel. || Elle est très énervée : elle attend les résultats de son examen. || Pardonnez-lui le ton brutal, il était énervé, en colère.N. (Fam.). || C'est un énervé, une énervée. Nerveux.Qui marque l'énervement. || Un geste énervé. || Une réponse énervée.
9 Les menues difficultés qu'elle rencontre lui sont un prétexte à câlineries, à rires énervés, à émerveillements, à effusions.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. II, X, p. 105.
10 — Comme vous êtes triste, dit Odette.
— Pas plus que les autres. Nous sommes tous un peu énervés par ces menaces de guerre.
Sartre, le Sursis, p. 27.
CONTR. Animer, fortifier. — Abattre, apaiser, calmer, détendre, reposer. — (Du p. p.) Calme.
DÉR. Énervant, énervement. — V. Énervation.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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